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Hymne à la Joie élargit son champ d'action
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10 mai 2004

Charles De Gaulle : a voté ?

Si il y a bien une déplorable habitude, chez les héritiers d'un politique, c'est celle de faire parler d'outre tombe leur maitre à penser. Dernier en date à pratiquer ce genre de spiritisme, Roland Dumas déclare au Figaro «Mitterrand approuverait ce traité et le défendrait» Lire....

Claude Bartolomé qui n'a visiblement pas utilisé le même guéridon a rappelé ce matin sur RTL que « Au moment où il était nécessaire de se lever pour éviter que ce soit l'ordre établi qui ne s'impose, généralement il a su dire Non ».
Pour Danielle Mitterrand, l'affaire est entendue : « Si nous ne réagissons pas, cette Constitution libérale donnera définitivement le statut de marchandise à l'eau (...) Nous avons la responsabilité de nous élever contre une telle conception » écrivait-elle dans le Journal Du Dimanche le 20 Mars

Charles De Gaulle, pressentant sans doute que la mise en garde de Malraux « Il n'y a pas de gaullisme sans De Gaulle » ne suffirait pas à décourager les interprétation posthumes, a couché sur le papier des "Mémoires d'Espoir" sa vision des dérives que la construction de l'Europe pouvait entrainer. Voici donc ce texte, vieux de 35 ans, mais qui n'a rien perdu de son acuité.

Extrait des "Mémoires d'Espoir", Plon, 1970

« Ainsi commencée, la mise en œuvre du Marché commun va donner lieu à un vaste déploiement d’activités, non seulement techniques, mais aussi diplomatiques.

En effet, l’opération, indépendamment de sa très grande portée économique, se trouve enveloppée d’intentions politiques caractérisées et qui tendent à empêcher la France de disposer d’elle-même.

C’est pourquoi, tandis que la Communauté se bâtira dans les faits, je serai, à plusieurs reprises, amené à intervenir pour repousser les menaces qui pèsent sur notre cause.

La première tient à l’équivoque originelle de l’institution.

Celle-ci vise-t-elle – ce qui serait déjà beaucoup ! – à l’harmonisation des intérêts pratiques des six Etats, à leur solidarité économique vis-à-vis de l’extérieur et, si possible, à leur concertation dans l’action internationale ?

Ou bien est-elle destinée à réaliser la fusion totale de leurs économies et de leurs politiques respectives afin qu’ils disparaissent en une entité unique ayant son Gouvernement, son Parlement, ses lois, et qui régira à tous égards ses sujets d’origine française, allemande, italienne, hollandaise, belge ou luxembourgeoise, devenus des concitoyens au sein de la patrie artificielle qu’aura enfantée la cervelle des technocrates ?

Il va de soi que, faute de goût pour les chimères, je fais mienne la première conception.
Mais la seconde porte tous les espoirs et toutes les illusions de l’école supranationale.

Pour ces champions de l’intégration, l’ « exécutif » européen existe déjà bel et bien : c’est la Commission de la Communauté économique, formée, il est vrai, de personnalités désignées par les six Etats, mais qui, cela fait, ne dépend d’eux à aucun égard.

A entendre le chœur de ceux qui veulent que l’Europe soit une fédération, quoique sans fédérateur, l’autorité, l’initiative, le contrôle, le budget, apanages d’un gouvernement, doivent désormais appartenir, dans l’ordre économique, à ce chœur d’experts, y compris – ce qui peut être indéfiniment extensif – au point de vue des rapports avec les pays étrangers.

Quant aux ministres « nationaux », dont on ne peut encore se passer pour l’application, il n’est que de les convoquer périodiquement à Bruxelles, où ils recevront dans le domaine de leur spécialité les instructions de la Commission.

D’autre part, les mêmes créateurs de mythes veulent faire voir dans l’Assemblée, réunissant à Strasbourg des députés et des sénateurs délégués par les Chambres des pays membres, un « Parlement européen », lequel n’a, sans doute, aucun pouvoir effectif, mais qui donne à l’ « exécutif » de Bruxelles une apparence de responsabilité démocratique ».