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Hymne à la Joie élargit son champ d'action
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19 mai 2004

L'Elargissement, la Turquie et la Sécurité Européenne

Le triomphe de l'angélisme, ou comment le désir de paix peut mener aux catastrophes.
Par Hymne à la Joie

Nous sommes tous épris de paix, cela va sans dire. Mais l'argument souvent entendu dans la campagne selon lequel l'élargissement à l'Est, puis à la Turquie étendrait ipso facto l'espace de paix et de sécurité européen mérite examen, au delà des bons sentiments affichés.

l'Europe est née sur les décombres d'un continent qui avait déjà connu une "Der des Der" vingt ans plus tot, et qui est sorti exsangue du conflit (ce n'est pas l'Allemagne qui a perdu la guerre, mais l'Europe, collectivement).

La méthode d'intrication douce de l'économie des anciens belligérants était certes la garantie d'évacuer à tout jamais la possibilité d'un conflit inter-européen mais n'avait de sens que pour l'Europe de l'Ouest.

La pax europa, tant vantée, ne recouvrait qu'une seule dimension de notre sécurité collective : la sécurité intérieure de l'europe.

La sécurité internationale elle, relevait du parapluie US, et pour les optimistes, de la dissuasion du faible au fort de la France et de la Grande Bretagne.

Engagement Otan ou pas, la solidarité des armes européennes et atlantiques était une évidence, une obligation vitale. Les war games donnaient 48 heures au rouleau compresseur soviétique pour submerger le "Fulda Gap" et atteindre l'atlantique, et les armées US, allemande, française et britannique ainsi que celles de nos alliés de l'Otan, auraient payé ensemble le prix du sang pour défendre notre maison commune.

Apres le Pschitt du pacte de Varsovie, nous avons pu réver, un temps, de toucher les "dividendes de la paix". Mais cette époque est révolue. Nos "amis américains" ont choisi pour nous une autre voie.

Leur nouvelle posture internationale d'aggression "préventive", de réglements des conflits par la force des armes, nous place dans une configuration nouvelle, ou le conflit armé n'est plus un terrifiante hypothèse, mais une réalité qui revient frapper à nos portes. Incidemment le modèle d'une Amérique au dessus de la loi des Nations, faisant ce que bon lui semble quand bon lui semble, place clairement l'Europe parmi les victimes collatérales du nouvel ordre US. Le sheriff nous laissera les miettes, rien de plus.

Nous avons devans nous plusieurs zones de conflits potentiels, et deux menaces lourdes.

Les conflits, tout le monde les connait. La poudrière moyen orientale aura rarement aussi bien porté son nom.

Si nous espérons tous que l'option "Gaza First", de ce cher Ariel permettra de faire sauter les verrous psychologiques de part et d'autre, et d'arriver à une paix juste et durable, il est malheureusement peu probable que nous allions vers cette fin heureuse.

Sans entrer dans de longs developpements, disons que le retrait de Gaza masque un projet de bantoustanisation de la Cisjordanie qui ne ménera pas à la paix, bien au contraire.

Pas besoin d'insister sur la guerre civile Iraquienne, l'asie centrale, l'effervescence islamique toujours prête à s'embraser (cf les émeutes récentes déclenchées par la rumeur des corans de guantanamo)

Quand aux menaces, sans dramatisation excessive, on peut penser que dès le "oil peak" sera atteint - selon les sources, vraisembablement quelque part entre aujourd'hui et dans 10 ans - les tensions internationales vont s'accroitre et prendre un tour dangereux.

C'est d'ailleur la raison évidente de l'intervention US. Même si pendant les débats pré-invasion l'argument était en général repoussé comme trop trivial, les américains, assez pragmatiques eux, ne s'en font plus mystère. Ils sont désormais assis sur le coffre fort des réserves mondiales de pétrole, et ont à portée de main l'Arabie Saoudite et l'Iran.

L'autre menace est d'ordre écologique et démographique, si les prévisions des climatalogues s'avèrent exactes. De nombreuses zones (le sahel par exemple) peuvent devenir inhospitalières, entrainant des migrations massives, destabilisant toute la région, propageant des ondes de choc jusque sur les rives de la méditerrannée qui pourraient voir déferler des vagues de populations cherchant refuge. Nos pays peuvent aussi être durements éprouvés par les variations climatiques qui pourraient mettre à mal nos infrastructures.

Dans tous les cas, la nécessité d'une Europe puissance internationale, parlant d'une voix, assurant sa propre sécurité, est un objectif majeur. Mais parler d'une voix et -dans le pire des cas- combattre ensemble requiert une cohésion, une cohérence forte et profonde d'intérêts. Si ces requisits sont absents, on se paye de mots.

Souvenons nous du "Mourir pour Dantzig". Certes, nous sommes entrés dans la drole de guerre pour les polonais, mais on ne peut pas dire que nos offensives de 39 les aient beaucoup aidés. Ce qui explique - en passant - pourquoi ils font confiance aux USA, pas à nous.

Les dix nouveaux entrants, par reflexe normal - rien à leur reprocher là dessus - sont allés chercher l'assurance sécurité là ou elle existe : à Washington.

Le Ministre des affaires étrangères dont la constitution est censée nous doter, aura je le crois un léger accent américain. Michel Rocard le disait sans ambage il y a peu sur France Culture : "l'Europe est vassalisée", expliquait-il
http://europemai2005.blogspot.com/2004/05/multimdia.html

Un dicton marin nous le rappelle : une chaine a la résistance de son maillon le plus faible. Sans faire insulte à nos nouveaux alliés de l'Europe des 25 ou 27 combien coutera au déficit US l'achat d'une voix maltaise, roumaine, ou bulgare dans le conseil européen ?

Cette constitution va entériner une situation ou l'Europe ne pourra plus parler de concert sans l'aval implicite de George Bush, via ses nouveaux amis de l'Est Européen. Et certaines belles âmes nous suggèrent d'aller encore plus loin, en accueillant à bras ouvert demain la Turquie, après demain l'Ukraine, et pourquoi pas l'Asie centrale ?

Pouvons nous sérieusement imaginer un seul instant les enfants d'Europe aller garder -au nom de la solidarité européenne-, notre nouvelle frontière Iraquienne, Syrienne, Georgienne, Azerbadjiene, Arménienne et Iranienne ?


Les visions angéliques qui confondent coopération et ensemble geopolitique cohérent auront pour effet, si nous adhérons à ces chimères, de nous mener directement à l'impuissance, celle qui précéde les reniements et les défaites.



Documents :
AFP 26 mai 2005 - Changement climatique: l'Afrique subsaharienne la plus menacée