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26 juin 2004

Irak : La Guerre Secrète

Le 20 Mars 2003 à 19h 05, un déluge de feu s'abat sur Baghdad, marquant l'entrée en guerre des Etats-Unis et de leur alliés contre l'Irak.

Quelques heures plus tard, le président G.W. Bush s'adresse à ses concitoyens et leur annonce que les Etat-Unis vont désarmer l'Irak, et débarasser le monde d'une grave menace [1].

L'intervention des coalisés se voit ainsi implicitement justifiée dans l'insuffisance des efforts de l'Irak pour se conformer à la résolution 1441 de l'ONU en date du 8 novembre 2002, imposant la reprise des inspections des Nations Unies destinées à contrôler le désarmement du pays.

Ce jour semble marquer l'échec final de l'intense jeu diplomatique à l'oeuvre depuis plusieurs mois pour tenter de sauver la paix et convaincre les Etats-Unis d'agir de concert avec l'ONU. Mais sur le terrain, loin des couloirs des chancelleries, depuis mai 2002 les Etats Unis et la Grande Bretagne étaient déjà en guerre.

L'Axe du Mal
Tout avait commencé un an plus tôt en janvier 2002, lors du discours sur l'état de l'union où G.W Bush, accusait l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord de former un improbable «axe du mal», lointain écho de «l'axe» formé par les dictatures alliées lors de la seconde guerre mondiale.

Neuf mois plus tard, le 12 septembre 2002 le Président Bush reprenait ses accusation en s'adressant solenellement à l'ONU pour y dénoncer le danger posé par l'Irak soupçonné de conserver un programme d'armement illicite et coupable de ne pas se conformer aux résolutions prises à son encontre par le Conseil de Sécurité. Le même jour, pour preuve de sa bonne volonté à l'égard des institutions internationales, G.W Bush annonçait également le retour des Etats-Unis au sein de l'UNESCO.

Les mois suivants voient l'ONU et l'Irak négocier sans succès et finalement déboucher sur la résolution 1441, suivie d'effet le 18 novembre par le retour des inspecteurs.

En février 2003, tout s'accèlère. Hans Blix et Mohammed El Baradai jugent qu'aucun grief substantiel ne peut être retenu contre l'Irak. Dominique de Villepin lançe son vibrant appel au refus de la solution des armes, et Collin Powell agite ses flacons devant les membres du Conseil de Sécurité. Devant le peu de preuves tangibles le Conseil de Sécurité ne se résoud pas à la guerre, Américains et Anglais abandonnent l'enceinte de l'ONU et le 17 mars Bush pose un ultimatum de 48 Heures à Saddam Hussein.

Voila brièvement résumée ce que pourrait être l'histoire officielle contant l'échec d'un an d'efforts diplomatiques.

Pourtant la réalité est sensiblement différente. Dès le mois de mai 2002, bien avant que l'on parle d'inspections ou de mauvaise volonté irakienne, les forces aériennes des USA et du Royaume-Uni étaient déjà engagées dans une opération de bombardements aériens de grande ampleur, préliminaire à la guerre déjà décidée à Washington.

Provide Comfort
Le 7 Avril 1991, les USA, la Grande Bretagne et la France, coalisés de la première guerre du Golfe, reprennent à leur compte la résolution 688 du Conseil de Sécurité condamnant la répression contre les Kurdes, et établissent au nord de l'Irak une zone d'interdiction de survol destinée à protéger cette population de Saddam Hussein. Un an plus tard le 27 août 1992 cette décision est étendue à la partie sud du pays afin de sécuriser les provinces Chiites.

Nommées «Provide Comfort» puis «Northern Watch» au nord du 36ème parallèle et «Southern Watch» au sud du 32ème, ces zones d'exclusion seront maintenues en permanence jusqu'à la seconde guerre du Golfe, et Bill Clinton décidera en 1996 d'étendre la zone sud du 32ème au 33ème parallèle, à seulement 45 km de baghdad, en rétorsion à une nouvelle incursion des troupes de Saddam dans la zone Kurde.

La France prendra sa part à ces opérations en déployant la force aérienne «Aconit» dans la zone nord jusqu'en décembre 1996 et d'«Alysse» en zone sud jusqu'à la veille de l'invasion en avril 2003. Cependant, en 1998, contestant la légitimité des frappes de «Desert Fox» déclenchées par Bill Clinton après le départ des inspecteurs onusiens, elle affirmera son désacord avec les Etat-Unis par l'interruption de sa participation aux vols opérationnels de «Southern Watch». Elle n'effectuera plus désormais que des missions d'entrainement, puis de reconnaissance durant la campagne afghane de l'automne 2001.

Conflit permanent
Durant les 10 ans qui vont suivre la première guerre du Golfe, ces zones deviendront pour l'armée de l'air US le premier théâtre d'opérations. «Southern Watch» menée à partir du Koweit et de l'Arabie Saoudite, mobilise jusqu'a 6000 militaires et 200 avions, pour 28 000 sorties. La Navy apporte aussi son concours, avec en 1996, pas moins de cinq porte-avions envoyés sur zone.

Durant cette période les «No-Fly Zone» seront le lieu d'escarmouches incessantes entre les chasseurs et bombardiers de la coalition et les défenses anti-aériennes de l'Irak. En moyenne, chaque année les coalisés effectueront 70 attaques contre les batteries de missiles Sam et leurs radars.

Mai 2002 : Escalade
C'est sous le camouflage de cette zone de conflit de basse intensité que l'armée américaine commencera la deuxième guerre du Golfe, presqu'un an avant le déclenchement officiel des opérations. Lors d'une réunion de «retour d'expérience» tenue en juillet 2003 à la base Nellis de l'US Air Force, le général Moseley, responsable des opérations aériennes révèlera les dessous de cette «Bataillle de l'Avant».

Selon ses dires, en novembre 2001 il approche Tommy Franks, général en chef à la tête du Central Command et lui fait une proposition «d'intensification des frappes aériennes» sur l'Irak. Dès le mois de mai 2002, commence une campagne d'attrition des forces anti-aériennes et des réseaux de communication du commandement irakien.

De juin 2002 à mars 2003, pas moins de 21 736 sorties sont effectuées, avec pour objectif de «neutraliser la chaine de commandement, contrôler l'espace aérien, fournir un appui aérien aux forces spéciales, et détruire les missiles sol-sol». Selon les chiffres fournis par le général Moseley, plus de 600 bombes ont été larguées par les aviations US et Britannique sur 391 cibles soigneusement choisies, soit cinq fois plus que les années précédentes. En septembre 2002, un raid mobilisera à lui seul une centaine d'avions.

Selon les derniers documents obtenus du Ministère de la Défense du Royaume-Uni par le parti «Liberal Democrat», la Royal Air Force apportera un concours très significatif à cette campagne de bombardement. Ainsi, de mai à novembre 2002, la RAF emporte 35% du total des 126 tonnes de bombes larguées sur le territoire irakien.

C'est donc bien à une véritable guerre secrète que se sont livrées les forces anglo-américianes de mai 2002 à avril 2003. Guerre secrète entamée bien avant le vote de la résolution 1441 menaçant l'Irak de «graves conséquences» en cas de non collaboration avec l'ONU, et bien avant les décisions des parlements américains et anglais autorisant l'emploi de la force. Guerre secrète, et totalement illicite.


[1]Le texte de l'allocution de G.W Bush annonçant le début des opérations militaires disait : «military operations to disarm Iraq, to free its people and to defend the world from grave danger». Lire la déclaration
La lecture rétrospective de ce document est accablante. Une déclaration comme «We come to Iraq with respect for its citizens, for their great civilization and for the religious faiths they practice. We have no ambition in Iraq, except to remove a threat and restore control of that country to its own people» prend un sens pour le moins amer, quand on garde en mémoire le chaos dans lequel Baghdad s'est vu plongé dès le lendemain de l'arrivée des troupes US

Sources :
NY Times (copie) Déclarations du Gl Moseley
Sunday Times RAF bombing raids tried to goad Saddam into war
Ministère de la Défense Opération Alysse (pdf - page 10)
Global Security Northern Watch Southern Watch