A

LA

UNE
Hymne à la Joie élargit son champ d'action
Constatant la mort clinique du TCE, Hal proposera désormais des informations,
documents ou points de vue sur l'ensemble de l'actualité, nationale et internationale, dans une perspective humaniste, progressiste et anti libérale.

Nb : Les liens concernant la campagne du referendum sont stockés dans une page d'archive accessible depuis le Menu
 

02 mars 2005

100 Européens pour le « non »


BELGIQUE
Corinne Gobin, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles
« Le "non" est la seule réponse démocratique à un texte qui aggrave encore la dérive antidémocratique que l’on observe dans l’Union depuis 1964 et qui se confirme de traité en traité. On assiste, cette fois, à un véritable coup d’État anticonstitutionnel. On va avoir une constitution unique pour toute l’Europe qui va imposer aux peuples un programme politique sur lequel ils n’ont pas été consultés. En Belgique, ce texte, qui aura la prédominance sur tous les autres, va modifier la Constitution belge sans que la procédure de révision ait été respectée. Une fois de plus, nous devons compter sur la France pour sauver la démocratie en Europe. »

Georges Debunne, syndicaliste, fondateur de la Confédération européenne des syndicats
« La vérité, c’est que le texte enterre l’Europe sociale. En renforçant tous les mécanismes qui favorisent le dumping social et en déniant au niveau européen les droits qui existent dans certaines législations nationales, mais pas dans toutes. Ce que j’appelle les droits sociaux à prestation, comme le droit à une retraite, à la pension d’invalidité, au remboursement des soins de santé, à la reconnaissance de l’accident du travail... Il y a des tas de pays dans l’union élargie, où ça n’existe pas... Mais le mouvement de refus de cette constitution grandit. Dans mon ancien syndicat par exemple, la Confédération générale des services publics, les congressistes réunis à Ostende se sont prononcés à l’unanimité contre le texte, une bonne partie de la FGTB liégeoise aussi. »

ESPAGNE
Almudena Grandes, écrivaine
« Parce que je suis républicaine de gauche, je suis contre ce projet de traité constitutionnel. Sans même dépasser le préambule, je m’oppose au principe selon lequel c’est le roi d’Espagne qui me donne des droits en lieu et place des peuples. Autre raison : actuellement, nous luttons pour défendre les espaces publics comme scènes fondamentales de la vie citoyenne. La constitution, qui est réactionnaire et néolibérale, les attaque de front. Pour moi qui suis européenne, ces espaces publics sont la marque la plus précieuse de l’Europe d’aujourd’hui. Et puis cette constitution est moins favorable aux droits civils que celle de mon pays, qui reconnaît le droit universel au travail, au logement, à l’enseignement public et obligatoire. J’espère que le "non" gagnera en France. Ainsi, les partisans espagnols du "oui" nous expliqueront pourquoi ils nous ont traités de fossiles et d’hommes des cavernes.

Willy Meyer député européen, coordinateur de la politique internationale de la Gauche unie
« Le processus antidémocratique de sa rédaction suscite mon désaccord. À aucun moment les gouvernements et les parlementaires, seuls représentants élus par les peuples, n’ont été associés. Au XXIe siècle, en Europe, ce sont les têtes couronnées qui nous octroient une constitution. La troisième partie du texte, la plus importante, est très grave car elle blinde un modèle économique néolibéral. L’espace européen sera dépourvu de politique fiscale commune, il n’y aura donc pas redistribution des richesses. La référence aux services publics est simplement et purement annihilée au profit des SIEG. Cette partie réglemente et développe au millimètre près l’activité économique. Or la Banque centrale européenne est une institution ingouvernable, le Parlement n’ayant aucun pouvoir d’intervention sur ses orientations. »
Agustîn Moreno membre de la commission exécutive confédérale des Commissions ouvrières
« Non, ce n’est pas une authentique constitution car elle ne naît pas de la souveraineté des peuples. Elle n’a donc pas d’autorité politique, légale et morale. Non, ce n’est pas la constitution de l’Europe démocratique. Elle donne les pleins pouvoirs aux instances qui se trouvent en marge de tout contrôle démocratique, telles que la Commission européenne et la Banque centrale européenne. Le Parlement est dénué de pouvoir. Non, ce n’est pas la constitution de la paix. Elle suppose la subordination à l’OTAN et l’augmentation des dépenses militaires. Non, ce n’est pas la constitution de l’Europe sociale. Elle insiste sur les contenus néolibéraux des traités antérieurs : réformes du travail, coupe dans les dépenses sociales pour imposer le déficit zéro, attaques contre les services publics avec la directive Bolkestein. »

ALLEMAGNE
Hugo Braun, ATTAC
« Il faut que les Français sachent que, lorsqu’ils se prononcent contre la constitution, ils votent aussi en notre nom. Ce référendum en France revêt une grande signification stratégique pour l’avenir de l’Europe. Un « non » constituerait le point de départ indispensable à la construction d’une Europe meilleure. Il est décisif de la direction que prendra l’Europe : restera-t-elle un lieu de prédilection du capitalisme sauvage néolibéral, au sein duquel les taux de profit des groupes transnationaux déterminent la politique, ou sera-t-elle capable de faire émerger un modèle social et juste qui soit seulement fondé sur les intérêts de ses citoyens ? »
Tobias Pfüger, député européen PDS
« L’une des nouveautés consiste à élever au rang de devoir constitutionnel la possibilité de mener des opérations militaires dans le monde entier. Cela autoriserait l’UE à intervenir y compris dans des guerres civiles en appuyant l’une ou l’autre des forces belligérantes, en dirigeant militairement l’évolution du conflit sous le prétexte de "lutte contre le terrorisme". L’Union européenne se préparerait, elle aussi, à livrer des "guerres préventives". Ce projet est donc tout aussi alarmant dans ses aspects militaires que dans son ancrage économique néolibéral. »
Horst Schmitthenner membre de la direction nationale du syndicat IG Metall
« Je considère qu’un "non" français serait fantastique. Car il contribuerait à accélérer des prises de conscience. Et il permettrait à tous les Européens d’exiger avec vous la négociation d’un tout autre texte [...]. Je suis persuadé que cela ne signifierait pas l’irruption du chaos en Europe ni l’impossibilité pour les syndicats de s’entendre sur un socle de revendications communes. Tout au contraire, cela provoquerait une inflexion des rapports de forces en faveur des salariés et plus généralement de la majorité des populations. Les débats sur l’Europe sociale pourraient être formidablement relancés par un rejet du texte, et je pense qu’alors des coopérations bien plus fructueuses seraient possibles entre syndicats européens. »
Oskar Lafontaine ex-président du Parti social-démocrate
« Je pense depuis longtemps que l’Union européenne s’est engagée dans une mauvaise voie. Même si, entre-temps, une erreur d’orientation a pu être corrigée avec la réforme du pacte de stabilité, les règles de fonctionnement de la Banque centrale européenne (BCE) n’ont pas été touchées. Elles sont dévouées uniquement à la stabilité des prix, ce qui constitue un défaut de fabrication fondamental. La BCE devrait aussi avoir l’obligation de soutenir la création d’emplois comme la banque centrale des États-Unis. Tant que ces règles de base de la BCE ne seront pas changées, la situation de l’économie européenne continuera de se dégrader par rapport à celle d’autres régions du monde. »

HONGRIE
Gaspar Miklos Tamas, philosophe, animateur d’ATTAC
« Je crois qu’en dépit du manque d’informations et du manque de discours politiques en Hongrie sur les enjeux de la constitution, l’instinct politique de la majorité est contre une société marchande. Si ce projet devient vraiment un document légal obligatoire pour toute l’Europe, alors notre futur sera le capitalisme néolibéral sans droit d’appel. Cela changera véritablement l’ordre constitutionnel des États membres. Cela est un virage idéologique qui va changer l’ordre légal de toute l’Europe. Cette constitution est révolutionnaire, ou plutôt contre-révolutionnaire ! »

SUEDE
Gudrun Schyman, Féministe, députée (sans étiquette), cofondatrice de l’Initiative féministe.
« Une analyse féministe de la constitution montre à quel point la parité risque de reculer. Il n’est pas exagéré d’affirmer que ce texte, dans sa forme et son contenu, a été dicté par des hommes, pour des hommes, et créé par un groupe composé à une écrasante majorité d’hommes. À aucun moment n’a été remise en cause sa structure hiérarchique, menant droit à une direction politique fortement centralisée. Si la constitution passe, notre bulletin de vote ne nous permettra plus d’influer sur le cours des choix politiques. La responsabilité sociale, normalement dévolue à la société, sera minimisée puis, avec le retrait de l’État, transférée à la « famille » classique, sous-entendu : aux femmes d’assumer la prise en charge et les services de soins. La constitution réhabilite la « famille nucléaire » traditionnelle : l’homme redevient la tête pensante et le protecteur des femmes qui accouchent de ses enfants. »
Lars Ohly leader du Parti de la gauche
« Si le gouvernement du social-démocrate Göran Persson est si hostile à la tenue d’un référendum en Suède, c’est qu’il est sûr de le perdre. Il ne veut pas prendre de risque, après la victoire du "non" à la monnaie unique à l’issue du référendum de septembre 2003. Mais, à chaque consultation organisée dans un autre pays de l’UE, nos chances d’obtenir un référendum augmentent, et elles augmenteront d’autant plus si le « non » devait l’emporter dans l’un de ces pays, en particulier en France. La possibilité qu’ont d’autres peuples de s’exprimer rend illégitime aux yeux du peuple suédois le refus de tenir un référendum ici.

ITALIE
Anna Pizzo, pacifiste
C’est en s’excusant de son français teinté d’un fort accent italien qu’Anna Pizzo, dirigeante d’un mouvement pacifiste italien, a pris la parole. « Voter "non", c’est ouvrir la voie à une refondation de l’Europe », a-t-elle entamé. Parce que pour cette actrice des forums sociaux, « lieux de création de sens et de discours nécessaires à la maturation des conflits sociaux », « l’Union peut devenir un espace public ». Mais aussi parce que « l’Europe des marchés n’est pas l’Europe démocratique que nous voulons ». À ceux qui disent qu’une victoire du « non » serait une tragédie, elle répond qu’il s’agirait « juste d’une sanction de l’échec des politiques menées depuis des décennies ». Voter « non », c’est entamer un processus de reconstruction qui « permettra peut-être à Raffarin, Chirac et Berlusconi de n’être plus que des mauvais rêves ».

PORTUGAL
Regina Marquês secrétaire nationale du Mouvement démocratique des femmes
« Alors que la Constitution portugaise garantit la protection de la grossesse et de la maternité et crée les conditions de conciliation entre le travail et la famille, le texte européen n’y fait aucunement référence. C’est donc un recul. Le traité ne mentionne nullement les violences faites aux femmes. Il fait également silence sur les droits sexuels et reproductifs, notamment concernant le droit à l’avortement. Par ailleurs, le projet freine la circulation des personnes, et plus précisément des immigrés, mais il ne dit rien quant aux trafics dont sont victimes les femmes. Enfin, la prévention et la solution des conflits doivent passer par la paix et non par l’augmentation des dépenses militaires comme l’envisage la constitution. »

Brigitte Berthouzoz, Parti suisse du travail
« En 1992, quand la Suisse a voté sur l’entrée dans l’Europe, le "non" a été majoritaire. Mais beaucoup de progressistes ont dit "oui" parce que cela représentait pour eux une ouverture sur le monde. Ce n’est plus perçu ainsi maintenant. L’Europe apparaît plutôt comme un champ libre pour les grands de ce monde qui vont tout manipuler. Un "non" français redonnerait une envie d’Europe. Et se dire qu’en s’impliquant on peut changer le cours des choses serait pour tous les progressistes une très grande leçon. C’est ce qui est en train de se passer avec la campagne, en France, pour le "non" de gauche. »

GRANDE BRETAGNE
Doug Nicholls, secrétaire général de la fédération syndicale CYWU
« Il y a quatre raisons principales de s’opposer à cette constitution européenne : elle ne sera pas positive pour notre industrie ; en vertu de son plan de travail néolibéral, elle endommagera encore nos services publics ; elle prévoit une militarisation accrue de l’Union européenne et prétend instituer un bloc impérialiste concurrent de celui des États-Unis ; elle entrave le droit des peuples et des États à l’autodétermination et à l’indépendance. À l’intérieur de la confédération syndicale britannique, les TUC, il y a pour le moment un débat extrêmement large. Les TUC n’ont pour l’heure pris aucune position : ni de soutien ni de rejet. Et elles ne le feront pas avant septembre prochain. Mais, de mon point de vue, c’est très clairement "non" à cette constitution. »
Austin Mitchell, député travailliste
« Napoléon a décrit le Saint Empire romain germanique, le regretté prédécesseur de l’Union européenne, comme « une absurdité et un mysticisme sublime ». Maintenant Giscard d’Estaing veut accabler l’Europe avec autant d’absurdités et de mysticisme. La constitution elle-même est un document presque illisible de 448 alinéas, 36 protocoles, 2 annexes et 50 déclarations, qui donne la perspective excitante et la cohérence intellectuelle d’une bouillie froide de flocons d’avoine. Cette constitution est le produit non désiré et mal aimé de l’élite européenne. Je suis entièrement opposé à cette montagne de verbiage. »