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28 avril 2005

R. M. Jennar : L'Europe, trahison des élites

L'Europe, trahison des élites - Fayard, 282 pages, 19 € . 2004

" L'Europe ne dit pas ce qu'elle fait ; elle ne fait pas ce qu'elle dit. Elle dit ce qu'elle ne fait pas ; elle fait ce qu'elle ne dit pas. Cette Europe qu'on nous construit, c'est une Europe en trompe l'œil. " Voilà ce que pensait Pierre Bourdieu. Sa réflexion est le point de départ de ce livre. Aujourd'hui, l'Europe n'est pas une communauté de valeurs, mais une communauté d'intérêts où l'individualisme l'emporte chaque jour davantage sur le bien commun, à l'image d'une société américaine souvent décriée, mais de plus en plus imitée.

A l'aide de multiples cas concrets, Raoul Marc Jennar met en évidence cette " trahison " et montre comment l'Union européenne agit à l'opposé de ce qu'elle proclame. Ses institutions ne sont pas démocratiques et transparentes, mais technocratiques et opaques. Ses politiques ne servent pas l'intérêt général, mais celui des milieux financiers et des lobbies d'affaires. Au sein de l'Organisation mondiale du commerce, elle défend parfois les propositions ultralibérales avec plus de force que les Etats-Unis. Enfin, sous couvert de " partenariats " avec les pays du Sud, elle se livre en fait à une véritable recolonisation de leurs économies.

Raoul Marc Jennar est docteur en science politique, diplômé des universités belge et française.Entre 1968 et 1999, successivement, professeur de français, journaliste, conseiller du gouvernement belge, conseiller du Parlement belge, conseiller diplomatique du Forum international des ONG au Cambodge, consultant auprès de l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge, responsable du programme de l’UNESCO " culture de la paix au Cambodge ", consultant auprès de l’Union européenne pour les questions politiques cambodgiennes.

Depuis 1999, chercheur auprès d’Oxfam (ONG belge) sur les dossiers relatifs à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et conseiller d’Oxfam international pour les matières liées à l’investissement ; animateur de l’Unité de Recherche, de Formation et d’Information sur la Globalisation (URFIG), créée en 2000, à l’initiative de Pierre Bourdieu (Unité de recherche, de formation et d'information sur la globalisation).Auteur d’une dizaine d’ouvrages consacrés à des questions de science politique, au Cambodge et à l’ONU. Collaborateur occasionnel du Monde diplomatique, de Politique Internationale et de L’Ecologiste.

Notes de lecture sur l'ouvrage :

Henri Houben - IndyMedia Belgique
En ce qui concerne les relations avec le tiers-monde, notamment à l’OMC, Raoul Jennar constate que l’Union européenne est souvent l’acteur le plus agressif. Se cachant derrière un discours enjoliveur sur le partenariat de l’Union, le commissaire chargé du Commerce mène des discussions souvent musclées pour ouvrir les marchés aux capitaux et aux marchandises des grandes entreprises européennes. Ce qui est généralement peu connu (et qui devrait se faire savoir).
Raoul Jennar prend plusieurs exemples. Ainsi, il relate les matières pour lesquelles, dans le cadre de l’AGCS, l’Union demande aux pays du tiers-monde d’ouvrir leur marché. L’accord sur les services prévoit, en effet, une négociation bilatérale entre Etats où chacun de ceux-ci font des requêtes auprès des autres pour qu’ils libéralisent leur législation. Dans ce cadre, la Commission a établi une longue liste dont voici quelques exemples : demande de supprimer le monopole public de l’eau pour le Botswana, l’Egypte, le Honduras et la Tunisie ; lever la restriction sur les investissements étrangers à Cuba et en Indonésie, sur les participations étrangères dans les télécommunications au Kenya et dans les assurances en Malaisie ; interdiction au Cameroun d’obliger à créer de l’emploi pour tout investissement de plus de 10.000 euros ; etc. (3). De cette façon, l’Union a précisé ces requêtes pour 91 des 94 pays du tiers-monde inscrits à l’OMC en ce qui concerne la libéralisation des télécommunications, pour 23 en ce qui concerne la poste, etc. Malgré la volonté affichée de ne pas effectuer plus de quatre demandes aux PMA (les pays les moins avancés), l’Union en a adressé, à elle seule, 7 à la Tanzanie et à l’Angola, 6 au Bangladesh, à Madagascar et au Mozambique, 5 à la Birmanie, à l’Ouganda, au Congo et au Sénégal...


Europe feu la démocratie par Mona Cholet
En 1999, alors qu'il rentre d'un long séjour en Asie, Raoul Marc Jennar accepte de surveiller, pour le compte de l'organisation non-gouvernementale belge Oxfam, les négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui vont s'ouvrir à Seattle : « Une des premières choses qui me frappent, raconte-t-il, c'est le rôle que joue l'Union européenne dans cette affaire. Jusqu'alors, je l'avoue très honnêtement, je gobais assez volontiers le discours d'une Europe modèle alternatif aux Etats-Unis et rempart contre la déferlante néolibérale. Je me mets au travail au moment même où le Conseil des ministres de l'Union confère son mandat pour Seattle à Pascal Lamy, le commissaire européen chargé des négociations à l'OMC. Ayant à peine commencé à mettre le nez dans les documents préparatoires, je me rends compte, à ma grande surprise, que ce mandat ne va pas dans le sens d'une Europe qui régulerait la mondialisation libérale, qui l'encadrerait ou la limiterait, mais que, au contraire, il pousse à son extension, à la propagation de l'idéologie du marché. Je me penche sur le cas d'une directive en particulier, celle sur le brevetage du vivant, et je rencontre des fonctionnaires de la Commission qui sont des enragés des droits de propriété intellectuelle, qui veulent que tout devienne brevetable, qui entendent imposer cet accord à tous les pays avec lesquels l'Union européenne négocie… Bref, je me rends compte que cette Europe n'est en rien ce qu'elle promet, ce qu'elle annonce. Jean Monnet proclamait que l'Europe « ne coaliserait pas des Etats, mais unirait des hommes » : or, ce n'est pas ce qui s'est passé, ce n'est pas ce qui se passe et ce n'est pas du tout dans ce sens que l'on va pour l'avenir. L'idéologie du marché prévaut. Mon livre, c'est le coup de colère de quelqu'un qui estime avoir été trompé sur toute la ligne. Je rêvais et je rêve encore d'une Europe des peuples, citoyenne et démocratique. Face à ce gâchis, on ne peut être qu'immensément déçu. »