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Hymne à la Joie élargit son champ d'action
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Nb : Les liens concernant la campagne du referendum sont stockés dans une page d'archive accessible depuis le Menu
 

27 mai 2005

Revue de Web J - 2

Post Démocratie ?
Serions nous entrés à notre insu dans un monde orwellien ou les mots ont perdus leur signification habituelle ? La juriste Anne-Marie Le Pourhiet décrivait il y a peu notre situtation en la qualifiant de «Post-Démocratie», thème repris et développé sur le site France Républicaine. A l'appui de cette thèse, nous pourrions citer ce qu'il faut bien appeler le simulacre de consultation espagnole, qui n'avait qu'un caractère consultatif, ce que l'on s'est bien gardé de nous apprendre. Ou encore les déboires du parlement européen dont les efforts restent vains devant une commission fermement décidée à créer une directive sur les brevets logiciels, selon le bon plaisir des lobbies.

Nous ne savons si l'expression fera flores, mais une démocratie où l'exercice du droit de vote est légitime si on accepte d'entériner le fait accompli, scandaleux si on refuse, quelque soit le nom dont on la baptise, laisse une étrange impression.

Les dernières tentatives d'intimidation ou de calomnie auxquelles nous assistons augmentent encore ce sentiment de malaise, d'irréalité devant ces manifestation d'un mépris avoué pour l'expression de la souveraineté populaire.

Commençons cette revue de nos amis qui nous veulent du bien, et plus si ratification, par Jean Claude Junker, qui déclare «Il faudra attendre la fin du processus de ratification dans l'Union européenne. Si à la fin de ce processus, on n'arrive pas à résoudre les problèmes, les pays qui auront dit non devront se reposer la question» .
Giscard d'Estaing, sans doute épuisé par son travail de constitutionnel, nous avertit que «l'on ne recommencera pas le travail [de rédaction], ça demande trop d'efforts» et appelle en cas de victoire du Non à revoter sur un texte identique.

Ce n'est pas l'avis de Frits Bolkestein, qui déclare «On continuera d'appliquer l'actuel Traité de Nice (...) Cela a des aspects génants, mais on peut travailler avec». Pas plus que de du Commissaire Frattini quand il prévoit qu'un «non français «n'arrêterait pas la construction de la Nouvelle Europe» et ajoute «Je ne suis pas pessimiste. C'est dans la tradition du processus d'intégration de surmonter les impasses» , ou de Lord Owen, ancien ministre britannique des Affaires étrangères, qui juge que «l'on ne peut tout à la fois adopter le principe du référendum, et donc du choix, tout en fustigeant les électeurs marquant une préférence qui ne convient pas. (...) Si le non l'emporte, il y aura certes des difficultés, mais ce non voudra dire que les Européens demandent à leurs gouvernements de prendre leur temps, d'écouter les citoyens, et de laisser l'Europe émerger, sans lui forcer la main à coup de traités juridiques»

Dans le camp du Oui, les nerfs sont en train de lâcher. De Dominique Strauss Khan, avec son trés élégant et pas du tout misogyne «[entre vous et moi] c'est vous qui vous couchez !! » adressé hier sur France 2 à Marine Le Pen, à Noel Mamère qui s'étonne de ce qu'un « conseiller général des Landes, ancien premier secrétaire du Parti Socialiste peut faire la tournée des délocalisés comme on faisait la tournée de l'insécurité avant le 21 avril» manifestant du même coup le bien peu d'intêret qu'il porte à l'insécurité sociale vécue par nos concitoyens, à Yann Wehrling qui s'interroge «Qu'est-ce que c'est que ce discours de repli, ce discours souverainiste qui n'est pas un discours de gauche?» et considère sans doute que le «privilège» de vivre dans un monde globalisé justifie tous les abandons.

Mais la palme d'honneur revient sans conteste à Jean Marie Colombani. Le directeur du Monde a perdu toute mesure, et semble ne plus faire la différence entre «Journal de Référence» et feuille de chou partisane. Dans son Edito «Illusion du non», il insulte Laurent Fabius et nous tous, en affirmant «il était logique et cohérent qu'un jour ou l'autre l'homme qui s'était distingué en assurant que Le Pen posait "les bonnes questions" finisse par donner sur un sujet décisif la même réponse que Le Pen»

Faut-il rappeler à M. Colombani que le referendum n'est pas un choix de parti ? qu'il s'agit de l'expression d'une souveraineté populaire transversale aux familles politiques, et dont aucune n'est propriétaire ?
Cet argument indigne calomniant l'expression populaire au pretexte qu'elle serait teintée de xénophobie - argument en réalité complètement absent de la campagne du Non, même à droite - dénote finalement l'indifférence de ce qu'il faut bien appeler une caste, pour qui la mondialisation est une fin en soi quel qu'en soit le coût pour les citoyens.

Quoiqu'en dise cet aréopage de beaux esprits pour qui le Non est au choix (ouvrons le shaker), nocif, inutile, contre productif, irréaliste, amoral, populiste, pro américain, solitaire, et veulent nous convaincre que les politiques que nous voulons amender sont les seules possibles, les peuples ne se laisseront pas réduire au rôle de chambres d'enregistrement.

Nous n'entérinerons pas les volontés de cette petite cohorte d'experts, en proie à la narcose libérale, qui s'est autoproclamée seule détentrice de la raison.