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01 juin 2005

Eloge de la Rareté

Nous vivons le passage d'un monde de pénuries réelles à un monde de pénuries fabriquées.

Ce qui est rare est cher dit l'adage. Quel meilleur moyen alors de gagner de l'argent, sinon de créer de la pénurie, de la rareté. Le monde dans lequel nous vivons excelle en la matière. C'est même l'une de ses sources de profit majeur.

Pensons aux produits siglés, à la fascination que veut exercer le Logo sur les consommateurs. Dans la grisaille d'uniformité née de la production de masse, le crocodile, la virgule, la lettre, la série limitée, réintroduisent la rareté dans des objets par aillleurs tous identiques. Ces colifichets, se voulant le gage de valeur ajoutée symbolique, sont censés apporter la distinction, la singularité dans un monde d'une désespérante monotonie.

Nous assistons au même processus dans l'audiovisuel et l'écrit où la dématérialisation induite par le support numérique a fait sauter la contrainte physique de la rareté jusqu'alors portée par l'objet matériel, dépourvu d'ubiquité. Les détenteurs de droits ont entamé une lutte féroce pour reconstituer celle-ci et veulent imposer des verrouillages, codages, protections sur les supports de données pour restaurer une pénurie artificielle. Connues sous l'acronyme de DRM, ces techniques pénalisent le consommateur, et parfois interdisent même au producteur d'une oeuvre d'en disposer et de la diffuser librement.

La brevetabilité du vivant participe elle aussi cette tendance. Breveter un organisme ou une molécule appartenant au patrimoine commun, au prétexte qu'un nouvel usage en a été découvert, accapare et transforme une ressource disponible en rente de situation pour le détenteur du dépot légal.

L'offre de travail fondement de l'inscription sociale, est également mise à mal par ce processus. Dans le monde néolibéral le chômage n'est pas la catastrophe sociale, précarisant la vie de millions de personnes et menaçant la cohésion des sociétés que nous connaissons. Non, c'est la conséquence normale d'un choix organisationnel, théorisé sous l'acronyme NAIRU Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment, en français « taux de chômage n'accélérant pas l’inflation ». La aussi la rareté est voulue, prévue, et recommandée par l'OCDE, afin de verrouiller toute vélléité de revendication et d'augmentation de salaire.

En ce momment même les parlementaires mènent à Bruxelles une lutte contre une directive sur la brevetabilité du logiciel, inspirée, voire rédigée par les majors de l'Industrie Logicielle, qui, si elle était adoptée, contraindrait à devoir rémunérer les détenteurs de brevets pour utiliser des algorithmes aujourd'hui considérés de domaine public. Les algorithmes sont des méthodes de programmation de résolution de problèmes. Transposés dans un domaine plus usuel, leur équivalent serait par exemple une règle de trois ou la preuve par neuf. Leur brevetabilité conduirait à l'accaparement privé d'inventions collectives, autre forme de rarification organisée.

Mis a part le cas du travail, très spécifique, ce processus de création volontariste de rareté à priori absente si ce n'est diminuée par le développement des sciences et des techniques, est le préalable requis de la création de valeur.

Son domaine de prédilection est l'immatériel, c'est à dire le savoir et la culture. Prônant le brevet, le dépot de marque, le droit à l'image, il impose petit à petit la privatisation des richesses, des idées, et même du langage et des mots.

Plus rien n'échappe à la voracité des firmes et des idolâtres du retour sur investissement à deux chiffres. Plus rien n'arrête cette démesure d'appropriation de notre héritage humain, et la recherche du profit s'arroge le Droit, nous dépossèdant du bien commun et des avancées nées de la technique, de la connaissance, c'est à dire du travail humain.

Exagération ? Lisez plutot cet article de Jacques Drillon, détaillant dans le Nouvel Obs l'invraisemblable privatisation du monde à laquelle nous assistons.

1 Commentaire(s):

At ven. janv. 09, 03:30:00 AM, Blogger Maria Silveira a écrit :

Tellement vrai!

 

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