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11 juin 2005

Paul Krugman : Losing Our Country

Paul Krugman économiste et éditorialiste [1] au New York Times, retrace la disparition du modèle social de l'Amérique qui l'a vu naitre.

Il décrit un pays, désormais trés différent de celui des années d'après guerre, quand les ouvriers faisaient encore partie de la classe moyenne, n'étaient pas menacés par le chômage, mais pouvaient au contraire espèrer une amélioration de leur niveau de vie.

Mais, poursuit-il, comme l'enquête [1] récente du New York Times «Class Matters» l'a montré, cette société de classes moyennes n'existe plus aujourd'hui.

Les revenus de la classe moyenne ont doublé entre 1947 et 1974, nous rappelle-t-il, alors que l'augmentation n'a été que de 22% dans les trente ans suivants, et elle est due à la part plus importante de femmes qui travaillent, ainsi qu'a augmentation du nombre d'heures travaillées, plutôt qu' à l'amélioration des salaires.

Pendant ces années d'insécurité économique croissante, l'inégalité s'est considérablement amplifiée : les 1% les plus riches ont vu leur revenu doubler, tandis que les 0.1% au sommet ont vu les leurs tripler.

L'émergence de la classe moyenne, aujourd'hui mise à mal, nous dit-il, était favorisée par une politique développant des normes sociales plus justes, par un système d'imposition basé sur la progressivité, ainsi que par la présence de syndicats puissants.

Mais depuis le tournant des années 1980, les politiques économiques ont constamment favorisé les couches aisées au détriment des foyers de salariés. Des réductions d'impots accordées aux hauts revenus, jusqu'aux réformes des faillites individuelles, tout concoure, estime-t-il à conduire les Etats-Unis sur le chemin de la régression sociale.

Cette injustice croissante est dissimulée, enjolivée par des statisques tronquées ou sélectionnées avec soin, afin d'obscurcir la réalité d'un choix de société qui privilégie les plus puissants. Elle trouve sa justification en prétendant qu'une réduction des inégalités conduirait à un société moins dynamique, ou tous n'auraient plus alors que la pauvreté à se partager.

Mais ces arguments veulent faire oublier le dynamisme manifesté par la société américaine dans la période de l'après guerre, et passent sous silence les dérives frauduleuses dans la gestion des entreprises, pourtant induites par un modèle pronant l'avidité du «toujours plus».

Les partisans de cette politique attaquent ceux qui la remettent en cause en les accusant de vouloir ranimer la «lutte de classe» ou de promouvoir une «politique des envieux» née du ressentiment.

Pour Krugman, refuser d'accepter la montée des inégalité ne relève pas d'un ressentiment des moins bien lotis mais part d'un constat : les foyers de salariés ne profitent plus de la croissance et sont confrontés à une insécurité économique grandissante. Il y a de bonnes raisons de penser, affirme -t-il, qu'une société dont la plupart des membres appartiennent à la classe moyenne soit considérée comme préférable et plus propice à la démocratie, au contraire d'une société marquée par de grands écarts entre richesse extrème et dénuement.

Renverser la tendance ne sera pas simple, conclut-il, mais nous devons commencer à agir en combattant les politiciens qui continuent de servir les intérêts de ceux qui les financent, en ne se laissant pas impressionner par les condamnations de la «politiques des envieux» mais au contraire, en dénonçant leurs «politiques de la cupidité».


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[1] L'accès au New York Times en ligne requiert une registration - gratuite.
[2] Petite Annonce - Echangerais trois July contre un Krugman